Les Viatiques reviennent sur leur année 2020. Malgré la crise sanitaire, il a été possible pour eux d’envisager de maintenir leur quatrième anniversaire en juillet. Avec une jauge drastiquement réduite, des espaces en extérieur, de la place pour danser et un line-up non-dévoilé, leur quatrième anniversaire prône la qualité face à la quantité, l’intimité plutôt que la foule. Avec l’envie de retrouver leurs spectateurs des premiers jours, leurs amis, les personnes qui les soutiennent, cette date-anniversaire des Viatiques se veut être des retrouvailles personnelles. On a discuté avec Romain afin d’en savoir un peu plus sur les perspectives et les retours de cette année particulière.

Les Viatiques, 2020

Une année 2020 particulière

Comment s’est profilé cette année pour les Viatiques compte tenu de la crise sanitaire que le pays a traversé et traverse encore ?

Très clairement, si il n’y avait pas eu cette crise – naif de dire cela mais bon – on aurait pour sûr vécu une année incroyable. Nous avions presque doublé notre programmation annuelle par rapport aux années précédentes, en début d’année nous avons organisé une fête incroyable du côté du Lac avec des mappings fous de DNR que complétait le duo Zendid.

Nous avons aussi proposé un format en semaine au Mancuo différent de nos teufs accélérées de d’habitude : notre projet Low Viatiques. Et puis le 14 Mars tout est tombé à l’eau, nous avons sur le fil annulé la venue de G76 et Yone-Ko avant que le pays baisse le rideau.  Aujourd’hui on a déjà l’impression de regarder de loin cela tant cette période continue d’être pesante malgré une éclaircie àz l’horizon avec la tendance actuelle à la baisse de l’épidémie chez nous … En Juillet/Aout, on a pris l’initiative d’organiser deux fêtes privées : une pour notre quatrième anniversaire et la seconde était la reconduction révisée de notre petit festival avorté du mois de Mai, confinement oblige. On s’estime heureux d’avoir pu renouer avec tout ça : après coup on ressent cet été comme une vraie bulle d’air. Quand bien même, nous nous souviendrons de 2020 comme une triste année, qui pour le coup nous regonfle à fond pour se relancer dès que cela sera possible.

Comment avez-vous envisagé la possibilité de concilier la sécurité sanitaire des fêtards et la fête libre telle que vous la considérez ? 

Avant notre anniversaire, on était sincèrement convaincu que le public allait jouer le jeu du port du masque : on voyait qu’à certains endroits à Paris, ça marchait : Border City a tenu le choc tout l’été. On en avait tellement parlé de ce foutu masque que on se disait que si on demandait aux gens de le porter, si on en distribuait, ils le feraient. On a quand même un peu déchanté malgré les consignes passées à la porte. C’était surtout important que les bénévoles en portent au.bar notamment car ils voient passer beaucoup de monde. Ce qu’on a aussi vraiment cru, c’est que puisque les hôpitaux s’étaient vidés et que le nombre de morts quotidien étaient proche de zéro cet été, le gros de la misère était passé. On a vu aussi les plages ouvertes, les gens s’y entasser sans masque, les restaurants les bars de la côté faire le plein, alors clairement les mesures à l’encontre du monde de la nuit nous semblaient abusives. Naïvement c’est comme cela qu’on l’a perçu. C’est grotesque mais pour être honnête en Juin/Juillet on se demandait dans quel ordre on allait inviter à la rentrée les artistes qu’on n’avait pas pu recevoir au printemps ! Donc évidemment, vu d’ici, tout cela nous semble bien loin et stupide.

Comment se sont déroulés vos quatre ans ? Cette fête a-t-elle été salvatrice pour le moral des troupes ?

C’était notre premier rendez-vous depuis un long moment et l’énergie que les gens nous ont partagée a montré que tout le monde en avait grandement besoin. Pour être honnête c’est la fête que l’on a organisé qui nous a causé le moins de soucis : tout le monde était complètement focus sur une seule chose : profiter un max et donner beaucoup de plaisir, jusqu’à tard le matin on a vécu un super after, avec un set de Roman Danilo dont tous les gens présents se souviendront un moment je pense. On ne pouvait pas espérer mieux pour fêter notre quatrième année. C’était hyper important pour nous : on l’a déjà dit on ne vit pas des Viatiques et on ne cherche pas à en vivre, c’est une aventure très familiale qui, si l’intensité qu’on y met perd du poids, peut s’arrêter, et ça on le sait depuis le début. On a commencé il y a quatre ans presque sur un malentendu : alors rendus quatre années plus tard avec ce qu’on a empilé comme grands moments, ces quatre ans c’était un peu comme nos trente ans ahah ! Cet hiver peu de choses évidemment en perspective : on a surtout hâte que les lieux de vies bars / restaurants réouvrent car pour le moment que l’ambiance est morose.

Les Viatiques, une vision de la fête 

Les Viatiques - L'année 2020

Peux-tu nous parler un peu plus de cette vision de la fête que promeut Les Viatiques ? Quelles sont les valeurs et l’éthique derrière votre vision de la fête ?

Pour les formats, on vit un peu au fil des saisons : l’hiver on aime la tension des teufs dans des hangars, l’été on essaie de s’ouvrir dans des endroits en plein air. On est pas particulièrement adeptes de la fête transgressive à tout prix mais on milite pour que la fête électronique indépendante obtienne la place qu’elle mérite aux yeux des pouvoirs publics. Notre vision de la fête c’est surtout des rendez-vous qui durent longtemps. On aime bien quand ça prend du temps à organiser, mais aussi à vivre. Notre credo c’est : une fête est réussie si seulement si tu vis un before qui démarre fort, si la nuit est solide aussi et que l’after suit derrière. L’idée c’est des formats longs et si possible des lieux inédits parce que c’est toujours des petits défis, ça sort les gens du contexte un peu classique de leurs sorties et ça nous correspond bien. On est aussi très attentif à l’état d’esprit qu’ont les gens qui nous rejoignent sur nos événements : rassembler beaucoup de monde c’est bien seulement si la mentalité suit. La teuf c’est à 200% du partage et par expérience on se rend compte qu’il suffit de quelques participants malintentionnées pour tuer l’énergie positive ou simplement manquer de respect à l’orga ou pire aux autres personnes présentes. Et dans ce cas, ça vient inévitablement ternir les souvenirs qu’on partage, on manque notre objectif.

Est-ce que nous allons retrouver les open air qui ont fait une part de votre réputation ? 

Deux des meilleurs souvenirs que l’on ait sont les open airs qui eurent lieu à la Cour Leyteire. C’était le pied. On était en plein centre-ville sans occasionner aucune nuisance grâce aux bâtiments qui entouraient la place. La vibe y était incroyable à chaque fois, ça a été un crève-cœur quand l’Université nous a annoncé ne pas vouloir reconduire l’expérience alors que tout s’était déroulé au poil. Du jour au lendemain comme ça alors que tu imagines bien qu’on s’était fait des plans sur la comète là-bas. Nous n’avons jamais vraiment eu d’explications. Aujourd’hui, on a notre petite zone de repli aux Bassins à flot, dans un lieu privé dans lequel on se sent aussi bien et où la jauge réduite rend la fête chaleureuse. C’est arboré c’est chouette. Pour le plein-air, Bordeaux compte d’autres lieux qu’on aimerait investir, on ne s’interdit pas de faire des dossiers de manifestation public si l’année prochaine la mairie le permet au regard de la crise.

Quelque chose à ajouter ? 

Cette année de diet’ évènementielle a eu au moins une vertu : le manque d’exposition, dont souffrent encore de nombreux producteurs, qui d’habitude sillonnent le monde et empile les gigs, les a incité à sortir plus de musique que d’habitude, notamment sur Bandcamp. La plateforme, je trouve, a d’ailleurs clairement joué un rôle important cette année. Je crois qu’il y a beaucoup de gens qui ont aussi mis à profit ce temps de pause pour produire de la musique. Du coup cette année nous a permis d’écouter des sons de fou, on en a profité pour thésauriser. Beaucoup d’artistes qu’on aime bien ont pu aussi sortir des tracks qu’ils jouaient ou qu’ils gardaient précieusement depuis un moment et ça c’est excellent. Côté Viatiques, Roman et Loule ont passé pas mal de temps à composer : à moyen terme on a l’ambition de sortir notre propre musique. On a pu avancer sur ce sujet, nous sommes contents. Par ailleurs, la perspective donnée dans les médias d’une campagne importante de vaccination dès le début de l’année nous laisse penser qu’on peut espérer une sortie de tunnel au cours du premier semestre 2021, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Après on reste prudent sur ce sujet, tant on a pris de désillusions cette année ! On continue aussi notre série de podcasts « played in France » sur Ola Radio : le prochain opus c’est le parisien Gabriel Belabbas qui s’en occupe. Il a récemment ouvert un concept store / disquaire Rue Moret, Feat. On a hâte d’entendre cela.