Nouvelle presse sur le territoire néo-aquitain et français, AKKI est une revue menée par notre collègue Le Type et Laurent Bigarella en tant que rédacteur en chef. Engagé dans l’information locale via divers projets – Le Type donc – tel que Scene city, Laurent se charge de documenter à l’échelle locale, de fournir un panel des marges électroniques via Scene city, et contribue à faire la lumière sur cette région riche en créativité et en initiative.

5 influences artistiques - AKKI

Interview de Laurent, rédacteur en chef de la revue

Salut Laurent, merci de prendre du temps pour répondre à nos questions.

Premièrement, peux-tu nous présenter AKKI ? D’où vient le nom ? Quel est le postulat de départ ?

Laurent : Salut Lucas ! AKKI c’est une revue papier semestrielle, dédiée aux marges néo-aquitaines (c’est-à-dire les cultures alternatives, tout ce qui émerge à l’ombre du territoire). C’est un projet porté par le magazine en ligne Le Type, un média qui documente depuis 2011 la vie culturelle et la scène artistique de la région de Bordeaux (et au-delà, de toute la région Nouvelle-Aquitaine) sur son site www.letype.fr.

Pourquoi “AKKI” ? Parce qu’au regard du prisme très local de la revue, nous voulions que cette dimension apparaisse d’une façon ou d’une autre dans son nom ; d’où le clin d’œil à celui de la région, un peu détourné, en lien aussi avec notre volonté de proposer d’autres récits sur notre territoire.

Le postulat de départ part aussi de là ; la Nouvelle-Aquitaine est une région culturellement et artistiquement riche, avec beaucoup d’initiatives, de projets qui se lancent, qui existent depuis un certain nombre d’années, notamment dans les sphères alternatives. Nous souhaitons mettre en valeur celles-ci, pour ainsi proposer de nouveaux récits sur notre territoire. Et ainsi s’éloigner des discours un peu lisses type “carte postale” pour plutôt promouvoir un autre visage de la région ; celui des marges, car ce sont elles qui font bouger les lignes, in fine. Bousculer le statu quo, interroger les normes artistiques, remettre en question les cultures légitimées et dominantes ; c’est l’ambition d’AKKI.

Comment as-tu envisagé ce format ? Pourquoi vouloir revenir au papier à l’heure du tout-digital ?

D’abord, pour préciser ; nous n’allons pas arrêter nos activités en ligne, sur Le Type. Notre site va nous permettre de continuer de faire le travail qu’on fait depuis 2011 ; soutenir les acteurs et actrices culturels du territoire, les artistes et toute forme d’initiative émergente dans le champ de la création contemporaine. Nous sommes convaincus que ce genre de plateforme est très importante pour le dynamisme culturel d’une ville, d’une région. Les acteurs et actrices ont besoin de médias qui puissent relayer (en toute indépendance) leurs activités, les informations qui les concernent, etc. Ce travail là, de réaction “à chaud”, est essentiel et au cœur de notre ADN, et nous continuerons de le porter.

Notre format papier, nous l’avons pensé en complémentarité de ce travail en ligne.

Car si le web est très pertinent pour faire ce travail de relai / actu, en lien avec l’activité événementielle des acteurs, l’époque a besoin aussi de retrouver un peu de calme et de sérénité dans la façon de s’informer. On est abreuvé de contenus, nos réseaux sociaux ne sont jamais en pause, les articles pleuvent toutes les minutes sur les plateformes, etc. Pour le meilleur et pour le pire. Face à ce flux incessant qui entraîne une baisse sensible de notre capacité de concentration, nous souhaitions mettre un pas de côté à travers un format papier, pour proposer des contenus plus longs, plus fouillés, plus documentés. Des formats qui se prêtent au support papier. Sans interruption liée à l’éruption d’une notification, sans tentation de cliquer ailleurs, etc.

AKKI - Les 5 influences artistiques

Le besoin de revenir à une forme de “matérialité”, à un objet physique est important pour re-connecter avec les contenus que l’on peut lire. Les contenus proposés dans AKKI n’ont d’ailleurs aucun lien avec l’actualité ; ils en sont décorrélés et se placent davantage du côté de l’analyse, des entretiens fleuves ou des articles de fonds, qui se prêtent mieux au papier.

Tu travailles avec Bureau Nuits, comment se déroule la collaboration ? Quelle part chacun prend à ce projet ?

En effet, le studio de design graphique bordelais Bureau Nuits s’occupe de la direction artistique d’AKKI ; identité visuelle, maquettes, wordmark… Nous avions déjà travaillé ensemble sur le projet Scene city (une plateforme de découverte d’artistes émergents de différentes villes européennes).

L’envie de travailler avec eux s’est manifestée dès le début de l’idée du projet ; on se connaît bien avec Jules et Romain (les fondateurs de Bureau Nuits) ; ils sont tous les deux très intéressés par le domaine de l’édition. Ils avaient d’ailleurs déjà bossé sur un projet de revue, avec La Relève et La Peste.

Sur AKKI, la collaboration se passe super bien ; ils ont une vraie vision graphique sur le projet, et font beaucoup de propositions très pertinentes, en lien avec la ligne éditoriale du projet. La collaboration est donc très fructueuse puisque nous sommes parfaitement alignés et arrivons à faire en sorte que le design de l’objet réponde à son contenu. Et là où ça va plus loin et qu’on peut dire que c’est une collaboration très aboutie, c’est qu’ils n’hésitent pas à challenger le projet. À le faire aller là où nous n’aurions pas forcément pensé. Avec des résultats ultra convaincants !

Comment t’es-tu entouré dans ce projet ? L’appel à contribution a-t-il eu beaucoup de succès ?

C’est un projet collectif qui réunit 23 contributeurs et contributrices. Nous avons lancé un appel à contribution au début de l’été, qui nous a permis de récolter de belles idées de sujets, en lien avec le thème du premier numéro ; “contre-cultures”. Nous avons reçu beaucoup d’idées, ça nous a permis d’élargir un peu nos horizons et d’avoir d’autres visions sur ce thème, d’autres angles pour le traiter. Nous avions également en tête quelques personnes que nous souhaitions solliciter car nous les savions experts sur certains sujets (comme l’historien Luc Robène et la chercheuse Solveig Serre, qui ont fondé le programme de recherche Punk Is Not Dead qui documente les scènes punk en France) ou parce que nous les savions amateurs.trices d’écriture, à l’instar d’Alice d’Ola Radio ou d’un certain Lucas Perrot.

Au-delà des rédacteurs, beaucoup de gens filent un coup de main sur le projet (qui reste assez artisanal) ; notamment Matthis Bernard qui est le trésorier de l’association, et bien sûr toute l’équipe de notre magazine en ligne Le Type.

Aussi, il y a des personnes qui ont très gentiment acceptées de répondre à nos questions en amont du lancement, pour nous aider à y voir plus clair, comme Clémentine du magazine Censored, Antonine de la revue Klima, Benoît de Fusées ou encore Julien de Nichons Nous dans l’internet. Adrien de la plateforme KissKissBankBank a aussi été d’un soutien très précieuse !

AKKI est une revue locale, qui traite de sujets locaux par des acteurs locaux, elle est produite localement, c’est presque chauvin tout ça. Peux-tu nous parler de ton attachement à la région ?

Depuis 2011 que le projet de média existe, il y a toujours eu cette dimension locale au cœur de son ADN. Avec l’équipe, nous avons toujours eu à cœur de défendre ce qu’il se passait hier, car nous sommes convaincus que notre territoire est culturellement riche, que beaucoup de personnes lancent des choses et qu’il faut des plateformes pour pouvoir en parler. Notamment les projets culturels alternatifs, qui ne bénéficient pas forcément beaucoup d’exposition médiatique par ailleurs. La dimension locale du projet est essentielle car elle nous paraît être l’échelle pertinente. Nous nous sentons plus légitimes à parler de ce qu’il se passe ici que de parler de choses qui ont lieu dans d’autres régions que nous connaissons moins.

Notre place est donc au niveau local, aux côtés des artistes et acteurs d’ici. C’est une échelle intéressante pour un média car elle permet de créer de vrais liens, de réelles connexions avec les structures dont on parle. On ne se contente pas de relayer des infos ; on essaie de tisser des relations avec elles. Bien que cela ne nous empêche pas de penser au-delà des frontières néo-aquitaines par ailleurs ! Il y a cette expression que je trouve intéressante d’Édouard Glissant qui dit : « Agis dans ton lieu, pense avec le monde ». C’est précisément ce qu’on souhaite proposer avec AKKI. Partir de notre territoire, pour interroger des concepts, des mouvements qui eux n’ont pas de frontière. Point de chauvinisme donc ; plutôt un attachement à notre territoire qui n’est pas exclusif.

Est-ce que vous avez déjà une idée de la suite ? Le ou les prochain(s) thème(s) que tu souhaiterais explorer ?

Oui on a quelques idées ; des choses autour de la ruralité, de l’engagement, des liens entre sciences et arts… Le territoire est riche d’initiatives, il y a l’embarras du choix pour les prochains thèmes !

Merci Eclipse et Lucas !

Les 5 influences artistiques d’AKKI

Borshch

Borshch - 5 influences artistiques d'AKKI

Très fort à la fois sur le design et sur son contenu… L’équipe qui gère Borshch réussit à chacune de ses parutions (deux par an, comme AKKI) ) à s’entourer de contributeurs et contributrices aux plumes aiguisées, tout en documentant ce qui se fait de plus pointu dans la scène des musiques électroniques et alternatives contemporaines. Et l’approche du média est vraiment intéressante sur ses contenus ; pas vraiment de chroniques d’albums mais des papiers longs et fouillés, qui donnent toute son importance au contexte géographique, politique ou social dans lequel tel ou tel artiste s’inscrit. Précisément ce qu’on souhaite porter dans AKKI ; c’est ce qui donne à un article une dimension intemporelle et apporte une réelle plus-value, de fond, justifiant le support papier.

Perdiz

PERDIZ - 5 influences artistiques d'AKKI

La ligne éditoriale du magazine barcelonais Perdiz est assez réjouissante : parler des gens et des choses qui rendent heureux ces derniers. En résulte des collections d’articles et des histoires parfois simples, de personnes en marge, souvent peu médiatisées. Même si AKKI n’aborde pas exactement les choses de la même façon, il rejoint Perdiz sur sa volonté de s’intéresser à des sujets hors des radars.

Klima

KLIMA - 5 influences artistiques d'AKKI

Au-delà de partager avec KLIMA un goût pour le détournement des mots, on rejoint ce magazine annuel par son approche de croisement des disciplines. Comme eux, nous avons choisi d’éditorialiser chaque numéro autour d’un grand thème, permettant une articulation des différents contenus et d’offrir aux lecteurs et lectrices un vrai fil conducteur (une hiérarchisation difficilement retrouvable en ligne, d’où la pertinence du format papier).

Back Office

BACK OFFICE - 5 influences artistiques d'AKKI

Là aussi, une revue de niche (dédiée au design graphique). Difficile de la raccrocher à la ligne éditoriale d’AKKI, si ce n’est sur la volonté de réunir pour chacun de ses numéros les personnes les plus pertinentes sur les sujet qu’ils évoquent. AKKI s’en inspire pour son rapport au format papier, choisi ici pour privilégier « les prises de recul, les problématiques ou les hypothèses à même d’éclairer la situation contemporaine et d’y tracer de nouvelles trajectoires »

Censored Magazine

Censored Magazine - 5 influences artistiques d'AKKI

Un super magazine « féministe où l’intime est politique » porté par une super équipe qui nous a beaucoup aidé lors de la phase de réflexion d’AKKI. On n’aborde pas forcément directement les mêmes sujets qu’eux (en tout cas pas sur notre premier numéro), mais on se rejoint sur un engagement, un désir de proposer, à travers nos revues/magazines, des regards différents sur des sujets de société. On en profite pour remercier très chaleureusement Clémentine Labrosse (la rédactrice-en-chef de Censored) pour son soutien, son aide et ses précieux conseils.