Souvenez-vous ! Aggborough est ce producteur anglais qui propose une Techno merveilleuse, aux influences diverses (des sonorités « dub » , des touches de House, des accents club), oscillant parfois avec les ténèbres de l’introspection, toujours sur fond de field-recordings, proposant des voix d’outre-tombes dictant des préceptes à nos tympans qui vibrent sous le choc des ondes singulières du londonien. Nous l’avions découvert sous ce nouvel alias dès sa première release, au début de l’année, sur le mystérieux label OTB Records. Effectivement, il était d’abord la moitié de Joe and Will Ask (que l’on a pu écouter sur les compilations Kitsuné). ‘The Answer to Everything / MitzpeRamon‘ nous avait fasciné, vinyle en poche il tournait en boucle dans les locaux de la rédaction. Il y a trois semaines à peine, Aggborough réitérait, nous reprenions une claque avec sa seconde release sur le même label. ‘Bats / Modal‘ nous a décidé à aller plus loin, et nous vous proposons de nous accompagner dans cette démarche avec l’interview d’Aggborough.

Interview d’Aggborough

Qui est Aggborough ? Que signifie ce nom pour toi ?

Aggborough est un de mes noms de scène. Il se concentre principalement sur l’utilisation d’enregistrement de terrain pour produire une musique électronique techno âpre, aux atmosphères mélancoliques, le tout morcelé par des beats bruts.

Aggborough est emprunté du nom du stade de mon équipe de football d’enfance, les Kidderminster Harriers. Quand j’ai débuté ce projet, je voulais rester relativement anonyme, et je cherche encore à l’être, du coup, en utilisant Aggborough, c’était une façon d’avoir une touche personnelle sans utiliser mon propre nom.

Peux-tu nous parler du label OTB Records ? Pourquoi les sorties sont-elles uniquement partagées entre One Track Brain et toi-même jusqu’ici ?

Jusqu’à présent j’ai sorti la plupart de mes EPs avec OTB, ce sont des amis de longue date, et je pense que lorsqu’ils ont lancé le label, le son Aggborough collait parfaitement à leur image, cela semblait alors évident de les sortir chez eux. Toutes mes sorties sont donc apparues chez eux depuis le tout début, c’était vraiment excitant de voir le label et ses sonorités se développer. Et pour savoir pourquoi depuis le début ce ne sont que One Track Brain et moi, je pense qu’il faudrait leur demander, mais j’ai l’impression que c’est sur le point de changer.

Comment expliques-tu la différence de sonorité entre la première et la seconde sortie sur ce label ? L’une étant vraiment influencée House et l’autre étant beaucoup plus ténébreuse ?

Je pense que c’est tout simplement une évolution entre où je me situais et où je suis actuellement musicalement parlant. Quand j’ai débuté Aggborough, je mixais en tant que DJ une bonne dose de musique House dans des clubs comme Ministry of Sound, tandis que maintenant je me concentre plus sur mes lives, parce qu’en jouant ainsi je sens que je suis porté vers une musique plus sombre et plus expérimentale. Qui plus est, en étendant mon live et ayant plus de matériel, je pense qu’un son naturel se développe et ce dû aux limites des machines.

Pourquoi les « field recordings » te tiennent-ils autant à cœur ? Est-ce un souci de réalisme ?

J’aime la qualité réelle que l’utilisation des enregistrements de terrain donne aux chansons, mais la raison principale c’est que cela me donne une sorte de cause. Je me trouvais quelque peu dans une ornière avec la production quand je voulais créer une musique, je posais un kick, un snare, un hit hat et ainsi de suite. Cela devenait vraiment monotone et je ne parvenais jamais à terminer mes chansons. En utilisant les enregistrements de terrain, cela donne une véritable ossature à la musique et je finis par creuser ce résultat dans une chanson bien plus agréable à travailler.

J’ai remarqué que dans chaque EP une chanson sur deux contenait des voix venant d’outre-tombe, pourquoi ?

À part le fait que j’aime les samples, il n’y a pas vraiment de raison..!

Envisagerais-tu une collaboration entre One Track Brain et toi, étant intimement lié à travers ce label ?

C’est marrant que tu poses la question, nous avons récemment travaillé sur un EP collaboratif ensemble. Je suis allé le voir dans son studio pour la première track, et il est ensuite venu et est resté sur Londres : nous avons alors travaillé sur une deuxième chanson dans mon studio. Les musiques contiennent beaucoup de mes enregistrements à côté de ses nombreux synthétiseurs issus de son impressionnante collection. Je pense que c’est plus une belle collaboration dans la mesure où nous étions tous deux un apport pour l’autre, autour de la table, alors même que nous n’utiliserions pas ces éléments théoriquement, plutôt qu’une collab pour une collab. Nous devrions la sortir sur OTB Records au début de l’année prochaine.

Quels sont tes projets à venir ? Un nouvel EP ? Un album en préparation ?

J’ai récemment terminé mon premier live avec lequel j’ai pris beaucoup de plaisir à le monter, et je vais bientôt entamer une tournée.

Également, le 19 novembre, je vais sortir ma première release sur mon nouveau label No Real Value. Ce label est une extension de l’idéologie de production d’Aggborough. Il a pour but d’explorer la valeur d’un son quand il est associé à une période, un lien, un événement bien précis à travers le contexte de la musique électronique underground. Pour cette première, j’ai pris une face de la sortie et mon grand ami Ashworth a pris l’autre. Nous avons tous deux écrit une chanson en utilisant des enregistrements que j’ai fait, bien que je sois sur un projet sur une vieille mine d’ardoise au Pays de Galles. Je cherche à avoir différents artistes investis pour chaque EP, et je suis très excité à propos de la tournure que va prendre le concept de ce label.

Sinon, j’ai ma collaboration avec One Track Brain dont on a parlé, et ensuite en mars je vais partir en voyage en Islande où je vais enregistrer des membres du 12 Ensemble ainsi qu’explorer la Tvisongur Sound Sculpture. Je vais aussi m’organiser un séjour en montagne pour rassembler des enregistrements de terrain. Si j’ai assez de bases, cela devrait déboucher sur un LP. Espérons !