L’IBOAT, un mercredi gris d’hiver. Il est 17h passées quand, de la cale, résonne le hip-hop du duo tourangeau Chill Bump. Une fois libérés de leur balance, les deux compères nous accordent de leurs temps pour répondre à nos questions.

Tout d’abord, est-ce que vous pouvez vous présenter ?

Pierre : Oui on peut ! (rires) Miscellaneous, Pierre rappeur anglophone-tourangeau né en Angleterre et débarqué en France à 13 ans et Monsieur s’appelle Bankal…

Alban : Oui, Alban a.k.a. Bankal a.k.a. Le Roux du groupe, voilà ! Je fais des instru, des scratch et je tape sur des carrés en plastique sur scène.

Du coup, d’où viennent vos surnoms ?

Alban : Alban à l’envers c’était pour faire Banal, quand j’étais disc jockey et uniquement disc jockey. Quand j’ai arrêté les championnats pour faire des instrus, je me suis dis : « Tiens je fais un truc en plus donc je vais mettre une lettre en plus ! », ce qui a donné Bankal. Le coté banal en tant que DJ c’était drôle, car les noms dans ce milieu c’est souvent « Cut Killer », « Crazy Beat », des noms genre « je suis trop fort » et pour Banal, il y avait un côté contre-pied que j’aimais beaucoup. Pour Bankal, normalement une instru c’est droit, ça file, et le coté un peu bancal, qui se casse un peu la gueule, je trouvais ça drôle.

Pierre : J’étais dans pas mal de groupe avant, j’ai posé ma voix sur du rock, de la fusion, de l’afrobeat et, à un moment, j’avais un groupe avec Pierre Mottron, tourangeau, qui est d’ailleurs sur le dernier album d’EZ3kiel. On avait fait une track qui s’appellait « Miscellaneous » et, à la fin, je me suis dit, puisque ça veut dire « autre », « divers », un peu « inclassable », pourquoi pas ! Mais c’est pas prétentieux du tout, ça veut vraiment dire, comme le dossier misc où il y a tous les fichiers dedans, sans étiquette, et du coup je trouvais ça bien pour mon surnom. En revanche, je pouvais pas savoir qu’un français sur cent ne saurait pas le prononcer, c’était peut-être une erreur mais je l’assume !

Pourquoi avoir allié beatmaking et rap ? C’est un concept assez old school donc, y a t-il une sorte d’hommage là-dedans ou bien est-ce un véritable parti pris ?

Pierre : Ouais bien sûr il y en a qui nous ont influencé comme Gang Starr…

Alban : Je connais pas tout de Gang Starr mais ‘Moment of Truth‘ notamment…

Pierre : Et ce qui est bien dans cette config’ là, c’est que DJ Premier avait la même place que Guru, il mettait sa patte dans les intrus, y avait beaucoup de voix aussi, du scratch. L’autre groupe qui nous a pas mal influencé, c’est Eyedea & Abilities avec un de leur album qu’on a bien rongé qui est, selon moi, l’un des meilleurs albums de MC-DJ ; dans le développement c’est mortel, c’est très original.

Alban : On a commencé le groupe pour faire de la musique ensemble, l’idée n’était pas de remettre ça au goût du jour. Le but était de faire du son, je fais des instru et toi tu rappes. Après, on a vraiment mis en avant le coté duo parce que la musique est faite à deux. Y a pas un son unique, s’ils sont finis c’est parce qu’on est tous les deux contents.

Pierre : C’est pas mon projet solo avec mon beatmaker derrière qui m’accompagne sur scène et qu’a la tête baissée.

Votre rencontre s’est effectuée où et quand ?

(ah, satanée mémoire qui commence à faire défaut…)

Alban : Au collège à Amboise y a… On a dit quoi l’autre jour ? 20 ans ?

Pierre : Ouais, c’était en 2000… Ouais non un peu avant… 1998-1997, un truc comme ça…

Alban : Peut-être même plus tôt… J’étais en cinquième…

Pierre : Ça fait un peu moins de 20 ans quand même…

Alban : C’était pas en 1995 ? Je crois que ça doit être ça…

Pierre : Ouais on s’était peut-être déjà vu mais moi je suis arrivé en France en 1997…

Alban : Mais je crois que je t’avais croisé avant… Enfin bref, 1997 !

Pierre : C’est là qu’on a commencé à faire de la musique.

ChillBumpScratchVoice

La musique est-elle venue directement ?

Alban : C’est ce qui nous a rapproché aussi : c’est le cousin de mon meilleur pote de collège qui nous a présenté. La musique est venue dès notre rencontre : c’était un truc quasi fusionnel quoi ! On se voyait d’ailleurs exclusivement pour ça, à travers les lives, la création de sons, on échangeait aussi pas mal de CDs ! Je me rappelle que c’était une époque où le rap français explosait véritablement alors on a commencé quelque chose de notre côté.

Pierre : On se retrouvait aussi pour monter des lives, des trucs à la con au lycée, vers Amboise… Et pour le basket aussi ! Puis on s’est perdu de vue et on s’est retrouvé par la suite en 2009-2010 et on a officialisé le groupe une année plus tard.

Quelle signification donnez-vous à l’appellation de l’album, ‘Ego Trip’ ? Ça peut faire référence aux rappeurs US comme Eminem et son « Rap God » ou encore Kanye West avec « I Am a God » mais également à la notion de voyage en vous-mêmes, d’introspection. Du coup, comment percevez-vous cela ? 

Pierre : ‘Ego Trip’ ça peut bien sûr symboliser le voyage initiatique de l’âme, de l’égo avec les différentes émotions suscitées par les évènements que l’on traverse. D’ailleurs, certains textes sont un peu plus personnels qu’à l’accoutumée, sans toutefois être aubiographiques, comme « Omega » qui est un texte authentique. Dedans, j’évoque le décès de mon père ainsi que la leucémie de ma petite amie avant d’élargir sur la mort en général dans le 3e couplet. D’autres en revanche se situent complètement dans des délires mais ce qui unit tous ces titres c’est véritablement l’expression de la 1ère personne, ce « je ». L’album reflète aussi un ego trip au sens du rap mais on a voulu apporter une perspective élargie, une sorte d’introspection.

Comment composez-vous ?

Pierre : On ne s’impose pas de règles pour composer, c’est assez aléatoire : Bankal propose une boucle, je ramène du texte, si y a un bon truc à faire derrière on en parle. La phase de création se déroule vraiment à deux, c’est le duo qui s’exprime avant tout. On procède de la même manière pour finaliser un morceau, quand on ajoute les dernières touches, les petits détails. Après, parfois c’est moi qui propose un texte ! C’est un peu à l’envie de l’un ou de l’autre en fait ! Aussi, faut savoir que dans un morceau, la base musicale est principale après, la voix structure assez rapidement un morceau. Mais clairement la phase créatrice est très spontanée et c’est ça qui nous fait kiffer : c’est vraiment jouissif.

Pourquoi y a-t-il des instrus assez soignées sur la première partie de l’album alors que les tendances actuelles se veulent plus puissantes et agressives ?

Alban : Ah tu trouves !? Bah par rapport à ‘Ego Trip‘ c’est vrai que le voyage commence avec naïveté, c’est un peu timide, ça sort pas complètement mais avec l’accumulation des expériences, ça s’oriente plus vers quelque chose d’agressif, d’énervé. C’est un peu plus introspectif donc plus sombre forcément. Après, c’est clair que l’agencement de l’album n’est pas fait au hasard, on a suivi une trame très thématique.

Pourquoi faire le choix, qui peut paraître risqué, de rapper en anglais alors que la scène rap française, où ça rappe quasi exclusivement en français, fonctionne bien ? On sait que t’as passé ton enfance en Angleterre mais ça aurait pu être kiffant de t’entendre en français avec l’accent british !

Pierre : Et bah tu sais que j’ai déjà chanté en français ! C’était à mes « débuts » : ça a été un réel effort parce que je galérais beaucoup et le rap français m’a clairement aidé à comprendre comment fonctionnait la langue et toutes ses articulations. J’avais aussi une façon de composer « à l’anglaise », un peu comme si un anglais rappait en français, avec une structure grammaticale complètement bizarre ! Étant anglo-saxon de naissance, les lyrics en anglais m’ont paru naturel : j’ai fait le choix qui me permettait d’être le plus à l’aise.

Mais rapper en anglais ça vous éloigne pas un peu du public français qui pourrait être rebuté à comprendre les paroles ? Mais d’ailleurs, vous avez un peu tourné en Europe, non ? Enfin dans des pays où les gens sont peut-être plus à l’aise avec l’anglais.

Pierre : Ouais carrément ! On a joué en Belgique, en Hongrie aussi. Tu serais assez surpris de savoir que notre public français, qui ne suit pas trop l’anglais à la base, fournit pas mal d’effort pour comprendre les paroles ! Y a même des gens qui nous demandent les paroles et c’est super cool ! Mais faire de la musique, c’est un peu égoïste, c’est avant tout pour nous, on ne cible pas un public précis. Ce qui fait plaisir aussi c’est qu’on a de bons retours dans les pays anglophones, là où nos lyrics parlent sans doute plus. Et même si c’est rare pour un groupe français de rap d’assumer ça, on y va, on se pose pas de question. Tu vois, je prends l’exemple de groupes de rock français qui chantent en anglais : ça choque personne alors que moi, je ne les comprends pas ! Pourtant, ça t’empêche pas de kiffer la musique. Après, on n’est pas non plus là pour raconter n’importe quoi bien que les paroles soient en anglais.

Alban : C’est pas comme Akon qui chantait « I Wanna Fuck You » et toutes les personnes reprenaient ça en cœur, comme s’ils ne comprenaient pas alors que là, dans notre démarche, tous les textes sont dispo sur bandcamp. Et comme l’a dit Pierre, y a pas mal de gens qui nous demandent les paroles et je trouve ça franchement bien : c’est un peu comme si un prof avait dans sa classe 3 personnes mal barrées en début d’année et qu’elles finissaient par réussir. Le prof est content et c’est exactement pareil pour nous avec les paroles : si sur 100 personnes ayant acheté l’album 5 ont suivi avec le livret, alors la mission est accomplie.

On était au concert de #ChillBump et c'était génial !

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Quelle image avez-vous du rap game français actuel, entre querelles de cours de récré et gars du quartier qui se la jouent badass ?

Pierre : Pff… Ces mecs là sont des jeux vidéos, c’est des films de science-fiction ambulants, ils sont dans GTA quoi ! Je m’intéresse pas à ces querelles après, je respecte que certains produisent ce genre de son mais les 90 % qui se situent dans un délire badass je comprends pas… En plus, je suis sûr que rapper sur de la trap ça doit pas être leur kiff…

Alban : Puis, c’est des mecs qu’ont pas forcément connaissance des origines de ce genre de musique : elle a une histoire, je suis pas certain que ces gars sachent le pourquoi du comment…

Pierre : Après, je trouve ces histoires de clashs totalement sans intérêt : c’est bon pour des gamins de 12-13 ans qui représentent d’ailleurs la large part de leur public ! Je me demande même si c’est pas calculé : t’as des mecs de 30 piges qui sont là, à s’insulter, alors qu’ils doivent sans doute être réfléchis, je veux dire c’est pas des gars de 20 ans qui s’excitent. Quand Kaaris dit qu’il veut boire le sang de Booba… Voilà quoi, c’est du n’importe quoi !

Alban : Moi ça me fait penser à du catch, à un spectacle…

Pierre : Je préfère regarder un bon battle de rap a cappella perso. Attention, je te parle pas des rap contenders parce que ça m’évoque pas grand chose : je m’intéresse plus au WordUP! au Québec.

Alban : Ouais carrément ! Si tu veux voir un spectacle, autant que ça soit bien fait, c’est pas du genre : -« nique ta mère » – « non, toi nique ta mère » – « bah non, toi parce que je l’ai dit en premier », etc. C’est un cercle sans fin !

Pierre : Le hip-hop a toujours été compétitif mais a gardé un côté bon esprit donc quand il s’agit juste de parler pour ne rien dire d’intéressant, qui plus est, c’est plus du hip-hop : je comprends vraiment pas l’intérêt.

Alban : Et au final c’est assez dommage pour le grand public car ça véhicule vraiment une mauvaise image. T’as des gens qui nous disent : « j’aime pas le rap mais j’aime bien ce que vous faites ». Ouais donc t’aimes le rap au final. Puis ça renforce un mauvais cliché alors que si c’était un bon délire, par exemple Orelsan qui se clasherait avec un autre, ça serait drôle !

Selon moi, vous faites plus du hip-hop que du rap. Je parle ici des intrus, de la musicalité, la manière de rapper, etc. Par exemple, sur « I Get the Job Done » y a un clavecin et c’est pas commun quoi !

Pierre : C’est… C’est… Non, vas-y vas-y !

Alban : Dire que notre son ressemble plus à du hip-hop que du rap c’est un peu une déformation. Si tu veux, le hip-hop c’est une culture qui regroupe le graff, le DJing, le rap, la danse et le beatbox. Le rap, c’est la musique issue du hip-hop. Avec les années, on a eu tendance à différencier le hip-hop du rap, genre le hip-hop c’est le côté cool alors que le rap revêt une connotation négative.

Pierre : Et si tu veux, à la base, ça part de quelque chose qui s’est passé à New York puis qui s’est exporté : c’était des genres de grosses fêtes de quartier, t’avais des mecs qui s’amusaient avec des platines, y avait des petits battle de danse, des graffeurs, etc. Après y a un mec qui a pris un micro et qui a commencé à ambiancer, genre : « ça va » et tout, tout en étant en rythme avec le beat puis il s’est mis à rapper, genre : « mon DJ c’est le meilleur, etc » puis des battle entre emcee se sont formés. Le mot a clairement le pouvoir du coup le rap a pris le dessus sur les autres sous genres du hip-hop, ça a véritablement explosé ! Maintenant les gens dissocient hip-hop et rap mais tout ça provient du même effort.

Alban : Alors si tu penses que le rap c’est négatif et que le hip-hop c’est positif et que tu nous catégorises comme un groupe de hip-hop alors je te dis oui (rires). Aussi, sache que sur « I Get the Job Done » c’est un sample qui a déjà été utilisé mais je ne te dirais pas par qui !

Quelles sont vos sources d’inspiration ? On a remarqué que « One Way Ticket » est très influencé rap US. C’est vers là que vous voulez aller ?

Pierre : Personnellement, j’ai des influences assez diverses : le cinéma, la littérature, la bouffe aussi, des balades, la visite d’un autre pays, des séries, des musiques bien sûr mais aussi les aléas du quotidien. Après, j’ai un état d’esprit assez rock. J’aime bien des groupes comme Queens of the Stone Age, etc. Et sur les morceaux, j’apporte souvent les interludes, les voix sur les morceaux. Sinon j’écoute pas mal de jazz, d’afrobeat, de funk, de dub, même le métal c’est cool. Le seul truc que j’aime pas c’est le zouk… Même si je suis sûr qu’il y a du bon là-dedans ! Ah, y a aussi la hardtek parce que se mettre la race avec des produits c’est pas mon délire et je pense que si tu prends pas de prod’ tu peux pas apprécier ce genre de musique.

Alban : Moi je suis plutôt toujours en quête de sonorité, de sons de batterie par exemple, des trucs purement musicaux. Sinon, en terme d’artistes, c’est très varié : ça passe des solos de Thom Yorke à  James Blake et beaucoup de samples, qui est un peu une musique de recyclage. Mais tu peux vraiment sampler sur tout, c’est dingue ! Tu peux même sampler un oiseau si tu veux ! Aussi Pierre, je reviens sur ton expérience du zouk. C’est clair que si t’écoutes un morceau ultra spé, tu vas te dire : « Wah c’est chelou ! » alors que si un adepte te fait écouter tel morceau puis tel autre, t’as un vrai cheminement qui te permet de comprendre pourquoi cette musique a été faite et tu vas te dire que c’est pas n’importe quoi, ça vient de quelque part quoi ! Genre on te fait écouter le pionnier du zouk puis on arrive sur tel courant qui est apparu à la suite et qui a lui-même amené tel style, etc. Ça me rappelle une soirée où on avait dégusté des bières belges et la dernière était la plus corsée : on est monté crescendo alors que si on avait commencé par la plus forte, on aurait dit stop quoi. Sinon, pour revenir à la question initiale, je vais toujours revenir vers le rap en écoutant du Kendrick Lamar par exemple ou du Action Bronson mais je t’avoue que c’est pas évident de trouver un projet rap vraiment cool, y a toujours des trucs à jeter. Sinon, le rap est extrêmement riche et varié car il a quasiment exploré tous les genres !

En parlant de « One Way Ticket », on a remarqué un vrai travail visuel pour le clip, le rendu est nickel, très cinématographique. Y a-t-il une corrélation entre les influences visuelles, l’imaginaire que l’on perçoit dans le clip et l’écriture de vos chansons ?

Pierre : En fait, on avait déjà le morceau « One Way Ticket » avant d’avoir l’idée d’en faire un clip. Après, on a contacté Grégoire Orio, on lui a expliqué le thème du morceau et lui nous a proposé quelque chose, il nous a décrit le clip de A à Z. Au final, ça donne quelque chose de totalement différent par rapport à nos précédents clips : avant, on apparaissait dans les visuels. Après, c’est clair que là c’est plus cinématographique, plus suggéré mais on kiffe quand même le résultat ! Et je trouve que ça va bien avec la chanson parce que musicalement, ça part dans une direction autre que celle qu’on avait l’habitude de suivre.

Les perspectives pour l’avenir de Chill Bump, c’est quoi ? D’ailleurs, la tournée se passe bien ?

Pierre : Bah y a déjà la tournée à poursuivre sur laquelle y a pas mal de monde présent, ça fait plaisir c’est cool ! Après, on a dans l’idée de sortir des titres qui ne sont pas parus dans l’album et aussi de développer les lives mais on a pas encore réellement parlé de tout ça ! Sinon, on peut vous dire qu’on sera présent sur quelques festivals cet été !

Nous concluons l’interview en faisant écouter aux deux compères quelques sons « rap de quartier » sauce ghetto…

Pierre : Ahah..! Voilà, c’est ça le problème et ça rejoint ce que je te disais avec tous les types qui sont dans les querelles du rap game : les mecs sont dans leur quartier et à cet âge là, t’es influencé par vachement de truc, t’es vraiment une éponge, t’imprimes beaucoup de trucs et parfois du mauvais ! Ça me rappelle moi parce que j’ai également été influencé à cet âge là par des mecs comme le Wu-Tang ; tu sens qu’ils ont été nourris par un certain son et ça se ressent dans ce qu’ils produisent !

L'interview de #ChillBump pour leur passage à @iboatbordeaux sera bientôt disponible ! #Interview #IBoat

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