On savait que Marion Poncet serait à l’IBoat ce soir grâce à l’invitation des copains d’Happiness Therapy, en étant autour d’une bière avec un collègue, nous étions encore hésitant quant à notre avenir nocturne : les cours le lendemain à 8h sont un frein à la fête. Toujours est-il que je reçois un coup de fil, et que j’apprends une bonne nouvelle : on a l’interview de Marion Poncet. Il va falloir la préparer correctement, on s’active donc et on brainstorm. Déjà, on peut être sûr d’assister au club et de prendre des claques de vibes toute la nuit ! Il est chez nous en DJ set pendant 3h, et on ne va pas se priver d’aller danser. L’ambiance est survoltée, le club se remplit très vite, autant vous dire que ça va tanguer. On a rendez-vous vers 1h30, c’est Sylvain qui nous accueille. On s’installe tranquillement, Marion Poncet est là, on nous laisse.

Interview de Marion Poncet

Comment est né Marion Poncet ?

Marion Poncet c’était un désir profond depuis quelques temps de vouloir faire un projet House, à la base. Et une fois, j’ai capté que Marion pourrait être l’anagramme de Romain et que c’était donc, au sens propre et pas si figuratif que ça, la part féminine de Romain, je dirais même son alter-ego exact féminin. Ça m’a fait sourire, je trouvais ça marrant vu que la House était un moyen d’exprimer un côté un peu plus féminin, un peu plus sweet que je peux avoir, ça matchait parfaitement avec le fait d’avoir un nom de fille. Ça pouvait aussi créer une confusion, et ça me plaisait assez bien.

Comment est-ce que tu jongles entre tous tes alias ?

C’est une sorte de gymnastique schizophrénique je dirais. J’ai tous ces alias justement parce que j’aime bien switcher d’une musique à une autre, d’un genre à un autre, d’une vibe à une autre. Et ça se fait assez naturellement en fait. C’est vraiment des ON / OFF que je me fais, je switche mais c’est naturel.

C’est une question d’humeur peut-être ?

Et bien en studio, je conditionne un peu l’humeur. En fait non, je ne la conditionne pas, je la réceptionne comme elle vient, des fois je suis plus chaud pour faire de la musique pour tel projet ou tel projet, et auquel cas ce sera fait naturellement. Et après pour les weekends c’est différent, je ne choisis pas les dates. Hop, ce soir c’est Marion Poncet, je cherche les disques qui vont dans cette vibe-là, ça me met déjà en condition. C’est là où je conditionne l’état d’esprit, la vibe dans laquelle je me positionne le temps d’une soirée, et le lendemain ça switch. C’est assez naturel, c’est juste un peu plus conditionné pour les dates et le conditionnement se fait au travers de la sélection des disques. Avant de préparer, je m’oriente sur un style de musique particulier et c’est au-travers de ça que j’y parviens chaque weekend.

Ca m’arrive parfois d’avoir des dates où j’enchaine tous mes alias, des fois même avec d’autres projets, des trios, des duos. Avec Adventice, j’ai eu quatre dates, quatre alias dont Adventice. Trois c’est encore manageable, c’est spécial déjà mais alors quatre c’est de la schizophrénie pure quoi.

Redspecs, c’est un projet peu médiatisé par rapport aux autres …

C’était pas spécialement le but. C’était juste une façon de créer un personnage qui était uniquement rattaché au label Deeply Rooted de DJ Deep. Il avait cette idée de vouloir créer des sortes de personnages ou de marionnettes uniquement liés au label. C’était une sorte de masque porté uniquement pour les sorties sur Deeply Rooted. Je ne sais pas s’il y aura d’autres sorties, je ne sais pas comment ça va se passer.

C’était éphémère ?

Oui c’était déjà un one-shot dans l’idée, peut être que j’en referais dans assez longtemps pour justement surprendre. Y’a pas de calcul, c’est pas un projet pris-en-main comme peuvent l’être les autres, je laisse aller c’est comme ça.

Comment est-ce que tu es arrivé à la House, sachant qu’on t’a connu par la techno ? Quelle évolution a fait que tu y sois arrivé ?

Déjà, j’ai toujours bien aimé la House. Je me rappelle que les premiers disques que j’achetais était plus House que Techno, même si je jouais plus de Techno. C’était assez étrange, je les jouais pas, je les avais parce que je les aimais bien. Après ça s’est un peu tassé parce que par usage j’avais plus l’habitude de jouer de la Techno, et de force la House est restée en retrait. Après je pense que c’est sûrement des rencontres, notamment celle avec Cyril (DJ Deep), qui m’a poussé à me chauffer un peu plus vers la House. Je saurais pas te dire l’élément déclencheur en fait, je dirais que ça s’est fait, comme le reste, assez naturellement. Et puis il y a eu une sorte d’éruption momentanée couplée à l’activité studio que j’ai pu avoir avec Marion Poncet. Pendant un long moment y’avait le néant, parce que je le voulais, je voulais rien faire, et après j’ai commencé, ça me plaisait pas, je l’ai laissé en standby, et j’ai enfin réussi à trouver là où je voulais aller en musique. C’était le moment où je devais lancer le truc.

Par quels adjectifs qualifierais-tu ta musique en général, à travers les yeux de Marion Poncet ?

C’est assez marrant, je dirais que la musique que fait Roman Poncet au travers des yeux de Marion, ce serait une musique de sauvage, et pas très swinguée. Parce que c’est totalement l’opposé, la Techno est bien plus rigide que la House souvent, plus froide, plus noire. Je trouve ça assez marrant de me positionner au travers des yeux du personnage House pour trouver que l’autre fait une musique trop dure pour lui. C’est une sorte d’auto-critique entre personnages.

Et la musique de Marion par les yeux de Marion ?

A l’inverse, c’est une musique plus douce, plus sexy, bien plus féminine dans l’idée. Par contre ce n’est pas de la musique pour les filles attention. C’est juste une approche plus féminine, plus douce et vraiment plus dansante, et légère aussi, au sens plus soft, pas au sens d’une légèreté artistique, mais voilà, je dirais ça !

Que penses-tu de la scène House française ?

Je suis assez mal informé ou connecté, c’est difficile pour moi d’avoir un avis. Justement, c’est trop frais, je suis vachement en marge du truc. J’ai jamais trop fait attention à tout ça, je garde une sorte de distance et je n’aime pas tirer des profils particuliers ou schématisés. Pourtant, au final, après une longue discussion je finirais sûrement par te dire « j’aime bien lui, ou lui » , mais je n’arriverais pas à tirer le portrait d’une scène comme ça avec un recul hyper court.

« il y a de très très bons artistes en France »

Dans l’idée je dirais que, pour être très général, il y a de très très bons artistes en France, et de plus en plus qui ressorte, et je dirais que c’est hyper encourageant pour la scène française. Pendant très longtemps justement c’est les scènes étrangères qui ont régnées même en France, et je trouve ça bien que maintenant les gens et les promoteurs s’intéressent à la scène française. Que ce soit des profils déjà installés ou qu’ils soient newcomers c’est assez positif dans l’ensemble.

Qu’as-tu pensé des Ilots Electroniques à Tours ?

L’ampleur que ça a m’a vraiment étonné. Je pensais pas que dans une ville comme Tours, pas si grande que ça, il y aurait un si grand engouement pour cette musique. C’est agréable d’être surpris de cette façon et c’est hyper intéressant de jouer ça devant un public aussi hétéroclite et vraiment pas aguerris (c’est pas une critique, mais un constat). J’aime bien jouer devant ce genre d’audience, où l’enjeu réside dans ce truc-là, de conquérir les personnes qui ne le sont pas déjà.

Gros gros set groovy de @marion_poncet sous ce soleil couchant ! 🔥☀️✌️️

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Quel avenir pour la House française ?

J’en ai aucune idée… Rhaa vraiment ! J’espère en tout cas qu’elle aura un très bel avenir. Aux vues de l’aura que peut avoir Jeremy Underground, non pas qu’il soit le seul à représenter la House mais il en fait partie, je dirais que la House française à l’air d’avoir un bel avenir devant elle car il y a déjà un engouement assez important à noter, c’est celui des français pour les français, ce qui n’était pas le cas avant et qui le devient aujourd’hui. Et en plus, il y a un engouement étranger pour cette musique-là, donc je pense qu’il y aura une sorte de retour de Touche Française dans cette musique.

Je pense que la House pourra reprendre le souffle de la Techno, en tout cas, c’est ce que j’aimerais avoir car lorsque tu consommes quelque chose de façon énorme, tu as forcément envie de quelque chose d’assez opposé. La House étant l’autre side de la Techno, je dirais qu’il est probable que les choses switchent. J’ai du mal à imaginer des ruptures aussi marquées qu’avant, c’est-à-dire que la House va grandir, la Techno va baisser, et le graphique va se rééquilibrer.

Tes projets à venir, tes envies ?

Alors pour Marion Poncet il va y avoir la création d’un label dédié aux sorties de Marion Poncet, et il y aura bientôt la sortie d’un second EP sur le label In The Box. Il y aura un maxi sur la label qui s’appellera Rouquine, et va y avoir un album qui est presque fini et qui va bientôt sortir. Ce sera pour l’été 2017, fin printemps !