19:20, nous arrivons sur le site d’Aucard de Tours pour l’interview d’Isaac Delusion. Peu de temps de marge afin de revoir les questions, nous espérons être prêts. Nous le sommes probablement, mais nous avons toujours cette petite appréhension positive avant chaque rencontre. Nous débarquons en loges, et nous nous apercevons qu’ils sont déjà en interview avec d’autres, sur le point de terminer. Deux petits bonhommes à peine adolescent, ravis par cette expérience apparemment. De futurs bons journalistes..! Nous allons donc nous introduire auprès d’eux et c’est alors que l’interview d’Isaac Delusion a vraiment pu commencer, après quelques questions de politesse bien entendu.

Interview d’Isaac Delusion

Pourquoi avoir fait le choix de passer de deux à quatre membres ? Qu’est-ce que cela a apporté au projet ?

Jules : Au tout début on a décidé d’ajouter des membres au projet pour le live, ça partait de cette idée : y avait Loïc qui chantait et qui faisait de la guitare, qui se bouclait et tout, et moi qui était exclusivement aux machines à l’époque. On avait l’impression d’avoir un truc qui n’était pas assez chaleureux, pas assez live, pas assez généreux. On avait l’impression qu’il n’y avait pas assez d’échange avec le public, que c’était un peu notre truc dans notre coin et du coup, les basses étant assez importantes sur notre musique, naturellement on a décidé d’ajouter un bassiste, en plus Nico était notre ingé son, il était bassiste donc ça a été très naturel. Du coup ça a donné : « Tiens si on essayait de faire une répétition ensemble ? » et il est resté..! Et Bastien qui lui fait du clavier, de la guitare, des percussions, de la batterie, plein de choses, est venu pour rajouter encore quelque chose, une autre énergie.

Loïc : Le but c’est clairement de faire sortir le moins de choses de l’ordinateur, que le plus de choses soient faits en live, qu’il y ait plus d’instruments réellement joués pour que ce soit plus vivant, electro mais vivant.

Jules : Je me suis mis à jouer de la guitare et du clavier pour me détacher le plus possible de l’ordinateur. On est désormais un groupe à quatre, on compose à quatre, on est devenu un vrai groupe ensemble plutôt qu’un duo et deux musiciens pour le live.

Isaac Newton, pouvez-vous nous dire quel est le lien entre l’homme de science et votre musique ?

Loïc : C’est un concept un peu vague…

Jules : C’est peut-être aussi pour compenser le fait qu’on a pas fait d’étude…

Loïc : C’est ça ouais, on y connait rien en science c’est juste qu’on voulait trouver un nom qui sonne un peu scientifique parce que j’aime bien le mélange entre le côté rationnel de la science et le côté irrationnel de l’art. Je pense que la science ne peut pas aller dans certain domaine et c’est hyper plaisant de se dire qu’il y a des domaines qui ne sont pas analysés, vraiment figés dans des croyances précises. D’ailleurs le bouddhisme parle beaucoup de ça, c’est très spirituel et il y a beaucoup de science dedans. Beaucoup de choses dans le bouddhisme peuvent s’expliquer scientifiquement. C’est peut-être pour ça qu’il y a le petit clin d’oeil à Isaac Newton, après on aime bien rester vague dessus, chacun peut avoir sa propre interprétation..!

Si nous vous qualifions de dream pop, seriez-vous d’accord avec cette appellation ?

Jules : Mmm… Je crois qu’à la base on ne l’était pas vraiment mais on nous a tellement appelé comme ça, défini comme ça qu’on l’accepte plus ou moins maintenant.

Loïc : Ça dépend ce que tu appelles dream pop, je suis sûr que tu n’arrives pas toi-même à le définir..!

The Blue Corner Lounge : Je pense qu’il y a une base pop principale évidemment et après le côté électronique assez léger, atmosphérique.

Loïc : Oui, electronica quoi. C’est un terme pour moi qui ne veut pas dire grand chose, à la limite électronique-pop je veux bien.

Jules : Je pense que c’est en rapport avec le côté planant, aérien, tout ça, on pourrait appeler ça dream pop, ce qui était le cas des permiers EPs, mais on a pas mal évolué : ça part dans des styles variés, on ne peut pas nous restreindre à la dream pop et je pense que c’est un peu dur de nous caser dans un seul style.

Loïc : En live on est beaucoup moins dream pop !

Un an de tournée déjà, ça se passe bien ? Les chansons évoluent-elles au fil des lives ?

Jules : On change pas mal de versions en live, des morceaux, et on les joue beaucoup en live aussi avant de les enregistrer. Le live influence aussi l’album, et une fois qu’ils sont figés sur l’album un deuxième travail est effectué en live. Un échange constant se fait pour rendre les morceaux le plus live possible.

Loïc : C’est un bon moyen de transcender un morceau, en le jouant en live, je pense que tous les grands chefs-d’œuvres de la musique contemporaine et classique, c’est pratiquement que des enregistrements lives que ce soit les Beatles, les Rolling Stones ou Arcade Fire sur leur premier album parce que tu gagnes une énergie dingue en travaillant le morceau en live. C’est plus agréable que d’être chacun dans son coin, dans sa petite cabine, à faire sa propre partie chacun son tour.

Jules : C’est en jouant le morceau ensemble que tu te rends compte s’il fonctionne ou pas, ce qui bloque ou quoi.

Pourquoi vouloir tourner autour du rêve dans la réalisation vidéo, avec des choses assez abstraites ? On pense ici au clip qui ne sera jamais vraiment identique en le voyant deux fois de suite (ndlr : « Pandora’s Box ») ? Volonté de jouer avec son public ?

Je pense que si on doit définir notre musique, c’est une musique qui ne se prend pas la tête, on n’a pas forcément de message, on aime bien l’absurde, la légèreté, je pense qu’on a pris le parti-pris de dire que la musique c’est pour s’évader, pour que les gens soient sur un nuage, on aime bien les vidéos pas trop lourde, concrète afin qu’on reste dans notre thématique du voyage quoi… C’est ce qui explique les vidéos qui sont très flottante. Quand tu regardes Pink Floyd c’est un peu ça, ils n’ont pas forcément de message mais il n’empêche que c’est un groupe emblématique, ils avaient un tel charisme, comme leur musique, c’est devenu évocateur sans vouloir l’être. Ils font un album c’est pas sur la guerre, c’est pas sur la faim dans le monde, les gens vont quand même réussir à comprendre des messages et c’est ça qui est intéressant. Les gens ont chacun leur impression et leur interprétation et c’est pour cela qu’on a fait nos clip, dans cette optique.

Du coup le fameux clip différent, c’est l’idée d’un non-sens. On aime bien, et on est tous dans ce truc là. Les groupes que j’adule comme Radiohead, le message n’est jamais très explicite, c’est toujours un peu libre d’interprétation et c’est ce qui nous tient à coeur.

Et du coup puisque le message est laissé à l’interprétation du public, est-ce qu’il a un rôle important ?

Bah oui et non, je pense que c’est assez égoïste entre guillemet de faire de la musique juste pour se triper, juste pour son kiff, par définition les gens vont voyager parce que ça t’as fait voyager en premier lieu et toi tu passes du temps derrière ton stylo à te dire « tiens qu’est-ce qui va les intéresser, comment je vais les faire réagir, qu’est-ce qu’ils pensent, qu’est-ce qu’ils aiment » … La musique est de plus en plus comme ça, elle est entrain de se transformer et il faut être un personnage, incarner quelque chose, avoir des idées, des valeurs, être représentatif d’un mouvement tu vois ? c’est la recette du succès et nous ne sommes pas dans cet axe là, comme je te l’expliquais on essaie de se triper et de faire des trucs qui nous font plaisir à nous, si les gens aiment tant mieux, s’ils décrochent on restera toujours à faire ce qu’il nous plait.

Quelle est la place du cinéma dans votre composition musicale et visuelle puisque les deux ont l’air très lié sur votre projet ?

Le cinéma on aime énormément, on est hyper fan. Même si on ne va pas composer des morceaux en pensant à des films, à des histoires ou des choses comme ça, on va être dans quelque chose de plus naturel tu vois ?  on a forcément des influences issues du cinéma, comme disait Loïc on est vraiment très fan, le cinéma peut nous faire ressentir des émotions similaires à celles de la musique,  en terme d’ambiance, amener vers quelque chose, forcément il y a quelque chose où les arts se croisent, il suffit d’en aimer plusieurs et y’a une inspiration commune, elle est tellement indéfinissable qu’elle se projette sur plusieurs choses.

Comme le dit Jules il ne faut pas réfléchir de façon mono-disciplinaire, je pense que l’art c’est une musique, la peinture c’est une musique, le cinéma est une musique, pour créer quelque chose de complet il faut s’imprégner de tout, visuellement c’est un peu la règle où si tu veux développer un visuel il faut regarder beaucoup de films, comme Gondry qui est musicien et qui apporte une place énorme à la musique dans ses films. C’est comme Xavier Dolan, ses films sont très musicaux, c’est une véritable démarche. Ca nous plait énormément le cinéma, on essaie de voir tous les films cools et ça nous donne beaucoup d’inspirations.

On vous a redécouvert sous un autre jour avec le remix de Fakear pour « Dragons » ; qu’est-ce cela vous a apporté par rapport à la vision que vous avez de votre musique ?

Evidemment, c’est toujours ce qui est agréable avec les remixes, tu donnes ton bonhomme que tu as construit, et le mec qui va te le rendre va mettre le bras à la place de la tête et le bras sur la jambe, ça va te faire un truc différent auquel tu n’avais pas forcément pensé, et surtout Fakear, il est doué pour triturer les sons, il est entré dans le truc et l’a transformé. C’est agréable de se confronter à d’autres visions, surtout quand c’est des gens talentueux comme ça. Le résultat, le final, reste souvent surprenant et plaisant.

Le projet musical de votre manager vous apporte-t-il quelque chose de plus, à travers des échanges par exemple, ou n’est-il que dans son rôle de manager auprès de vous ? Y a-t-il une influence de Cracki Records dont Antoine est l’un des fondateurs ?

(Ironisant…) C’est quelqu’un d’admirable, on se rend compte de la musique à ne pas faire, mais il travaille tellement qu’on l’a pris quand même parce qu’on l’aime.

Je rigole, Antoine c’est un mec avec ui on bosse depuis e début, c’est quelqu’un qui a cru en notre projet depuis le début. Son projet est propre au DJing, il ne le développe pas du tout, il mixe dans des soirées et il travaille en tant que DJ mais c’est pas quelque chose de …

Ce qui est intéressant chez Antoine, c’est qu’il bossait chez Cracki Records (leur ancien label) avec nous, et désormais il monte son propre label « Microqlima » et je pense que c’est ça qui est plutôt à suivre, il bosse beaucoup là dessus en ce moment. Il compose aussi, et il fait vraiment de la musique. Je pense qu’il aimerait beaucoup sortir un EP de sa musique à lui mais il fait tellement de choses en ce moment qu’il va attendre le bon moment. Et vu la promo qu’il fait pour notre musique je pense que quand il l’aura choisi ce sera le bon, il finira au stade de France en feat avec David Bowie et Joeystarr, élevé au milieu des deux ..!

Nous ne sommes plus chez Cracki Records et on veut signer sur le label d’Antoine, Microqlima, on aime beaucoup travailler en famille, entre potes parce que c’est une atmosphère beaucoup plus saine plutôt que de travailler avec des professionnels qui n’ont pas toujours la même vision que toi, on est en licence avec Warner et on va sortir un track sur Microqlima. On a vu le projet naître, grandir, c’est comme si c’était aussi notre projet à nous et on y participe, on le soutient à fond !