On a d’abord entendu parler du label de Positive Education, ce qui fut une bonne nouvelle compte tenu de la qualité de la programmation de leur festival, puis on a entendu parler de la première release du label : A Strange Wedding. Après l’écoute des snippets, nous avions hâte d’écouter l’ensemble du projet. « Cosmic Bastringue » ouvre la cérémonie, dans une atmosphère ralentie où les basses se mêlent à des voix ésotériques. Le deuxième titre « Meta Romance » est plus chaleureux, plus passionnel. Une rythme énergique s’entrelace autour des nappes d’un synthétiseur à la fois discret et omniprésent. Finalement « The Wedding » vient clore l’EP, proposant une narration tendue parsemée de cris. Rituel hypnotique, histoire sombre et convaincante, A Strange Wedding dévoile son univers dans un premier EP réussi. Après cette introduction élogieuse, voici le Ten Essentials du producteur stéphanois A Strange Wedding !

La photo utilisée pour l’image de couverture a été prise par © Loubna Ouaqqa

A Strange Wedding - Meta Romance EP

Interview de A Strange Wedding

A Strange Wedding c’est qui, c’est quoi ?

ASW est un projet musical assez récent (deux-trois ans environ) qui est étroitement lié à mon arrivée à Saint-Étienne et à la rencontre du collectif Positive Education. Originaire de Toulouse, je viens d’une scène musicale où les genres sont très étiquetés, et où les frontières entre les genres musicaux sont assez imperméables. À Sainté, je me suis retrouvé d’un coup dans une ville où il n’y avait pas de scène électronique bien définie, et où les personnes mélangeaient vraiment plein de genres différents dans leurs DJ sets. J’ai trouvé ça tellement libre et vivant, ça s’est imposé à moi comme une redéfinition totale de la rave et j’en suis tombé raide amoureux. Assez naturellement, j’ai commencé à proposer mon interprétation de ce grand mélange de genres, mais au lieu de le faire à l’échelle du mix, je l’ai faite à une échelle que je maîtrise beaucoup mieux qui est celle de la production. Et je pense que c’est vraiment là que réside l’essence du projet ASW : c’est d’aller chercher ce qui me plaît dans des registres différents et d’arriver à souder le tout dans des morceaux. 

Quelles seraient tes trois influences artistiques (tous arts confondus) majeures ?

Sans vraiment mettre d’ordre :

Le Salon des Amateurs : c’est un club de Düsseldorf (qui a d’ailleurs fermé pour une durée indéterminée) dont les résidents (Lena Willikens, Vladimir Ivkovic, Tolouse Low Trax pour ne citer qu’eux) ont une vision très singulière de la musique de club. Dans leurs sélections on retrouve des morceaux de toutes les époques et de tous les genres, mélangés à un BPM souvent assez lent avec beaucoup de brio, ce qui donne aux rythmiques et aux ambiances des nouveaux sens de lectures, de nouvelles manières d’être dansés… Pour moi qui ai un appétit certain pour le mélange des genres musicaux et les BPM lents, ces personnes-là c’est que du bonheur !

Ensuite, je suis obligé de parler de Katzele et de son label Malka Tuti. Dans ma musique, il y a vraiment un avant et un après cette découverte. Ça a vraiment influencé les atmosphères que je construis dans ma musique, les phases assez mystiques, les éléments empruntés à la world music, mais aussi au niveau du groove, le fait de plonger le dancefloor entier dans une transe dansante, primitive et incontrôlable…

En troisième influence, en ce moment on a un gros kiff avec mon pote Antoine (moitié des Fils de Jacob) sur les tracks de Goa produites à un BPM lent. De manière plus générale, je pense que la trance (autant le genre musical que le concept de transe) a une grande importance dans mon travail !

Quel est le processus créatif derrière A Strange Wedding ?

Je ne pense pas avoir de processus bien défini, je fonctionne vraiment à l’instinct ! Je mets beaucoup d’efforts dans la recherche de samples. Dans tous mes morceaux, il y a forcément un moment où va se détacher un élément assez fort et singulier, que ce soit quelques notes de synthé cosmique, un pad, un riff de guitare, une vocal, une flûte… En plus de créer un effet, ça donne à chaque morceau une identité forte et c’est comme ça que je construis mon univers musical.

Peux-tu nous parler un peu de Worst Records, qui signe sa première release avec toi ?

WORST records c’est le tout nouveau label de Positive Education avec à sa tête les big boss Charles, Antoine et Chris ! Je pense qu’il faut vraiment voir Worst Records comme une étape de la démarche de notre asso. Avec le collectif Positive Education, il y a toujours eu cette volonté de transmettre une vision de la musique. La première étape a été d’organiser des soirées, où on a pu commencer à proposer notre univers musical, puis un festival, et je pense que créer notre label et signer des artistes s’inscrit dans la pure continuité de cette démarche !

On a aussi la chance d’avoir dans notre collectif et dans notre cercle d’amis proches d’excellents producteurs, nouveaux sur la scène, ce qui nous permet aussi de promouvoir des nouveaux projets qui rejoignent nos esthétiques (deux énormes releases sont à venir, j’en dis pas plus).

L’artiste avec qui tu rêvais / rêverais de partager l’affiche ?

Alors, je vais avoir du mal à en choisir un seul car à la dernière édition du PEF j’ai eu l’immense plaisir de partager la scène avec à peu près tous mes artistes préférés, dont Katzele, Lena Willikens, Superlate, Interstellar Funk, Toresch, Vladimir Ivkovic, Gil.Barte, Anatolian Weapons (mention spéciale meilleur DJ du festival), Alexis Le Tan, André Pahl, Phuong Dan… Bref une belle bande de chamanes confirmés qui ont sévèrement ensorcelé le dancefloor pendant trois jours !

Ten Essentials de A Strange Wedding

Rodion & Mammarella – Inner Outer (Toulouse Low Trax Radient Walk Remix)

Comme l’a très bien dit mon pote Jacques Satre un après-midi derrière les platines à la maison : « Tolouse Low Trax, même quand tu l’oublies un peu, t’y reviens toujours, c’est vraiment le meilleur ! ». Ce que j’aime vraiment dans ce morceau, c’est son incroyable simplicité. Une boucle ornée d’un synthé et d’une vocal que je pourrais écouter pendant des heures.

William Orbit – Say Anything

Un morceau que j’affectionne beaucoup pour son mixage, sa lenteur lancinante, son atmosphère qui laisse entrevoir un panorama cosmique… 

Sølyst – Tesla

Je parlais au-dessus de la scène de Düsseldorf, en voici un très bon exemple.

Shakti – Everlasting

Magnifique track, débordantes d’énergies et de sentiments, entre amour et fureur !

Stefan Egger & Tim Lorenz – Karmapas – The World Of Enigma

Découvert dans un set de Heap, gros coup de cœur pour ce morceau, entre les pads, la voix qui articule à peine et les flûtes, le tout sur un beat tout simple.

Ah Cama-Sotz – And it makes me susceptible to pain …

Gros burner avec une basse indécente, spécialement prévue pour sortir toute la poussière des enceintes.

Arik Rudisch – code of silence

Superbe morceau que l’on écoutait beaucoup il y a deux ans, un peu oublié depuis, mais que j’ai eu beaucoup de plaisir à ressortir de mes playlists !

Degrees Of Freedom – August is an angel

Gros BIP BIP à Antoine pour cette magnifique découverte ! Même après 500 écoutes j’ai toujours autant de frissons au moment du refrain !

Tornado Wallace – Voices

Un des morceaux qui m’a le plus transporté, une atmosphère à la fois belle et mystérieuse, très immersive.

Angel’s Breath – Velvet

Découvert dans un set de Katzele il y a deux ans, on a cherché la référence de ce track pendant un bon bout de temps. Parfait pour les séances de mysticismes obscures, d’invocation des esprits autour d’un feu…

BONUS : TOTO – Africa

Pour terminer sur une note légère et même s’il n’y a pas la place, je suis obligé de glisser l’hymne de tous nos afters dans cette sélection. I bless the rains down in Aaaaaaaaaaafrica !!!!!