Il y a parfois des choses que l’on espère interminable, et c’est ce que l’on pensait de Baleapop, mais plutôt que de poursuivre indéfiniment une parenthèse estivale idyllique, les organisateurs ont préféré annoncer leur sortie. Ils ont choisi de mettre un terme à l’aventure, et ce pour une bonne raison : toutes les bonnes choses ont une fin. 10ème édition, 10ème anniversaire, n’était-ce pas alors l’occasion rêvée de revenir sur cette aventure à travers un Ten Essentials ? On a demandé à Manon Boulart et Pierre Lafitte de revenir avec nous sur ces souvenirs impérissables, et de nous confier quelques anecdotes, donnant ainsi lieu à un tendre voyage en musique. Voici le Ten Essentials du festival Baleapop !

La photo utilisée pour l’image de couverture a été prise par  © Manon Boulart

Baleapop 10 ans, et une petite interview :

Baleapop, c’est qui, c’est quoi ? Qu’est-ce qui a été à l’origine du festival ?

Le collectif Moï Moï. C’est un groupe à dimension variable et à technique mixte constitué de jeunes gens qui aiment la vie. Oui, comme dans une pub Danone.

Il y a dix ans, à Donibane Lohizune, c’était une petite bande de copains se délectant autant de synthés, pinceaux que de la suite Adobe et qui s’est dit qu’un festival alliant musique et art serait l’écrin idéal au plus long tableau Excel qui soit. Baleapop est aussi une société matriarcale où tous les « postes de pouvoir » (sauf la programmation) sont entre les mains de meufs. Même pas pour faire bien, juste car on est les boss.

Tout a commencé en after, la soirée avait fini trop tôt, les consos étaient trop chères, la prog trop naze, les vigiles trop snobes et les gens trop bien habillés. On s’est dit qu’on allait faire mieux et surtout plus juste, à domicile évidemment.

Baleapop 2018 / Parc Duconténia - Saint-Jean-de-Luz / © Laurence Revol

Baleapop 2018 / Parc Duconténia – Saint-Jean-de-Luz / © Laurence Revol

Votre meilleur souvenir de DJ set ?

Young Marco, Baleapop 6, dite « l’année de la chourre ». Il ne s’est pas contenté d’arrêter la pluie, il a amené le soleil et soudainement les festivaliers suants vêtus de sacs poubelle en guise de ponchos étaient les plus beaux. La boue devenait le parfait support à un ventriglisse géant.

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J-11 bordel ☀️☀️☀️☀️☀️@youngmarco #baleapop6

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Votre meilleure édition ?

La 3 au parc de Guéthary. Pour Rone à la plage de Cénitz qui restera, à jamais égalé, le plus beau moment au bord de l’océan. Pour James Holden, car le programmer, c’était notre rêve. Pour Connan Mockasin qui a rameuté la moitié du public sur scène en reprenant Michael Jackson. Pour la tête de notre pote qui avait construit la scène, effrayé que tout s’écroule. Pour la scène du parc justement qui était tellement belle. Pour les Twice, nos graphistes qui entraient enfin dans le game en s’occupant cette année-là de l’atelier pour enfants (oui, chelou). Pour Bob’s Beer en personne venant nous livrer des nouveaux fûts à minuit (c’est aussi la fois où nous avons compris que tireuse et après-midi en plein soleil ne faisaient pas bon ménage). Pour la festivalière affolée “Mais c’est pas possible, où est le service de sécurité du festival ?!” et notre rire en unique réponse. Pour le public, force inexplicable, qui était bizarrement au rendez-vous…

Rone / Plage de Cénitz - Guéthary / Baleapop 2012 © Simon Noizat

Rone / Plage de Cénitz – Guéthary / Baleapop 2012 © Simon Noizat

Si vous deviez retenir 3 références artistiques (tous genres confondus), ce serait quoi ?

Les Gaztetxe. Mais ça marche aussi avec les fêtes de Sare, Zugarramurdi, la Bixintxo… Pour le zikiro, le xingar, les consos pas chères, le mélange évident et ultra populaire, la sono trop forte à côté du bar.

Des festivals.

Villette Sonique. Pour la belle programmation et les pique-niques qui se terminaient en magnifiques concerts gratuits sur la grande pelouse.

Nuits Sonores et son pendant European Lab. Pour la programmation réfléchie qui rappelle qu’on peut nourrir son corps autant que sa tête.

Ce sont sans doute les festivals où nous avions passé les meilleurs moments et qui nous avaient poussé à organiser le nôtre.

Les gens autour de nous qui font des choses avec le coeur.

En donnant de leur temps dans des causes qui leur sont chères et qui parviennent à faire de grandes choses. Les plus beaux projets sont toujours ceux menés sans autre intérêt personnel que celui de se rendre heureux en rendant les autres heureux.

L’artiste que vous rêviez / rêveriez d’inviter ?

On l’a déjà dit plus haut. On a eu cette phase passion Border Community, on n’écoutait que ça. Et faire venir James Holden, le boss du label c’était notre rêve. C’était impossible. Et puis, le destin a souri et le 10 août 2012, c’était bien lui qui fumait des clopes derrière ses machines. Quelle fierté ! Depuis, l’artiste rêvé a un peu changé et programmer exclusivement nos potes, ça serait ce qui nous fait le plus vibrer. Ça tombe bien c’est ce qu’on va faire cette année…

James Holden / Parc du musée de Guéthary / Baleapop 2012 © Simon Noizat

James Holden / Parc du musée de Guéthary / Baleapop 2012 © Simon Noizat

Ten Essentials : Baleapop 10 ans

2010 – Radiohead – Everything in it’s right place (Applescal edit)

Pour la première édition et la première soirée au gaztetxe, les artistes Moï Moï : Matthys, Panda Valium, Elorn … étaient entourés d’un seul et unique invité : Applescal. Pour nous c’était incroyable, on avait booké … un Hollandais ! Dans une tempête de vent du Sud il a fini son set avec son edit de « Everything in it’s right place » et vu la place que tenait Radiohead à l’époque dans nos petits coeurs de rockeurs, le moment fut si mémorable qu’on s’en rappelle encore dix ans après.

2011 – Petit Fantôme – Aujourd’hui c’est les vacances

Nous étions encore étudiants, donc tout l’été c’était les grandes vacances et la préparation de Baleapop restait encore relativement détente (on dit lasai). Cette chanson nous allait bien. On a donc programmé puis rencontré Petit fantôme et le reste du crew Iceberg, qui ne nous ont plus quittés. Ici, c’est chez eux. Il faut bien avouer aussi que pendant longtemps, pour illustrer le pop dans Baleapop, il n’y avait quasi qu’eux qu’on invitait….

2012 – Connan Mockasin – Forever Dolphin Love

Pour cette édition on aurait pu mettre toute la prog, James Holden, JC Satan, Rone, Yeti Lane … mais Connan restera toujours à part car il a suffi d’un mail envoyé par un ami en commun pour qu’il débarque avec toute sa troupe. Ce concert, sur la petite scène de Guéthary, c’était une harmonie parfaite, ceux qui étaient là vous le diront. Plus belle conclusion de l’édition la plus incroyable de tous les Baleapop.

2013 – Etienne Jaumet – Entropy

Etienne Jaumet avait sorti cet EP quelque temps avant cette quatrième édition. Il nous avait tout retourné mais, pour quelques raisons étranges, nous pensions, que le programmer était inaccessible… Ce fut tout l’inverse et, malgré un petit crachin estival, Etienne a joué sur une des plus belle et petite scène que nous avions réalisée. Depuis, il est devenu un habitué de Baleapop !

2014 – Violence Conjugale – Mirador

Première année où Baleapop arrive pour de bon sur ses terres, chez nous à Saint-Jean-de-Luz et, première année qu’un groupe se frite pour de bon avec le public ! Les Violence Conjugale savent bien chercher et trouver leur auditoire et, dissimulés parmi les festivaliers émerveillés, quelques jeunes gens semblaient avoir oublié leur 2nd degrés au camping ou s’être tout simplement trompé d’adresse. En gros ça a terminé par un “Si vous dégagez pas, on ne joue pas”, et les jeunes gens en chaussures bateaux se sont fait dégager par leurs voisins.

Mucholove, tu dis ? Super souvenir en tout cas.

2015 – Ajukaja – Benga Benga

Ce track équivaut à une danse du soleil. Young Marco l’a passé un dimanche après-midi après trois jours à pleuvoir des cordes et instantanément, nous avons eu l’impression que les nuages s’étaient volatilisés laissant passer enfin les rayons de soleil. Ce titre est devenu un hymne, ancré dans chacune de nos têtes mais… mais nous ne le connaissions pas. On a fait des pieds et des mains à Young Marco pour qu’il nous l’envoie et depuis, il est toujours là dans un coin de la soirée.

2016 – Suuns – 2020

Entre les tournées et les cachets, ça a toujours été compliqué de faire venir jusqu’au Pays Basque de gros groupes donc, quand on a réussi à booker Suuns qui pouvait s’enorgueillir, de mettre d’accord les deux tranches electro et rock du collectif, Amen ! On les avait découvert en live tous ensemble quelques années auparavant aux Nuits Sonores et avions trouvé ce projet magnifique.

Quand les premières notes de 2020, on retentit dans l’amphithéâtre, les frissons étaient là, ça été un grand, très grand plaisir

2017 – Rizan Sai’d – High Tension Zamer

C’était la première année qu’on faisait La Grande Bouffe le dimanche midi et on avait programmé la journée avec les résidents de Baleapop, à vie, 4ever, aka les Sheitan Brothers. Le lieu était splendide, l’ambiance parfaite, le menu un régal, on avait l’impression d’être à un banquet de mariage. Rizan a commencé son live et, à la fin du repas, un déluge s’est abattu sur les noceurs. Mais à coup de beat orientale (et de gros cidre basque aussi), les gens sont restés danser comme des fous trempés.

2018 – Ariel Pink – Fright Night (Nevermore)

C’était un peu le pari, on adorait Ariel Pink et on l’adore toujours mais il y avait une certaine hésitation avant de le programmer “est-ce vraiment ça le parti pris d’un festival qui se veut découvreur ? Et surtout, il va s’en foutre, foirer son live… » Mais si on en parle ici c’est qu’on s’était planté, royalement. Au-delà du live magnifique (ah bon, chez vous ils n’ont joué que 45 minutes ?!), on a eu la chance de rencontrer et d’apprivoiser un peu sa freaky family. Ils avaient garé leur bus dans le parc pour toute la durée du festival et sont ainsi restés avec nous. Ariel Pink qui rit très fort, qui tape le xingar en cuisine, qui écoute tous les concerts et notre habile bénévole leur sculptant une pipe dans une pomme. C’est ça aussi (surtout ça) Baleapop.

2019 – Nathan Fake – The Sky Was Pink (James Holden remix)

Car l’univers tout entier est un cycle et se terminera ainsi qu’il a commencé. Tout est parti de là. Ce morceau, à lui seul comme genèse et conclusion de Baleapop.