On continue notre série de Voyage Sonore avec cette fois-ci l’invité de Jean Talu pour sa résidence Nouveaux Mondes. Boss du label Hard Fist à Lyon avec Cornelius Doctor, Tushen Raï est un collectionneur de vinyles et un dj émérite. Ses dates à travers le monde lui ont permis de découvrir un panel de genres et d’artistes impressionnants. C’était presque une évidence pour nous de l’inviter à partager cela, et ça n’a pas manqué. Des découvertes solides, des balles assurées, une curiosité à vif, on vous laisse découvrir vous-même ce que Tushen Raï nous a offert.

On retrouve Tushen Raï avec Deena Abdelwahed ce vendredi 19 juillet à l’IBOAT pour la quatrième résidence de Jean Talu.

Voyage Sonore de Tushen Raï

Départ : Freetown, Sierra Leone

Geraldo Pino – Power to the People

Parce que c’est l’un des artistes qui incarne le mieux la révolution amplifiée en Afrique de l’Ouest, qu’il a clairement influencé Fela Kuti quand il était encore très jeune et que par ruissellement, l’afrobeat n’aurait pas été sans cet artiste. J’ai mis beaucoup de temps à acquérir ce disque et qui plus est, il m’a été offert par mes meilleurs amis d’enfance pour mon anniversaire ; alors forcément, il y a beaucoup d’émotionnel pour moi dans cette galette ! Pour finir, parce qu’un des morceaux que j’ai le plus joué en 2019 s’appelle exactement pareil, Power To The People, une bombe signée par nos potes de Pardon Moi sur Höga Nord Rekords. Même si ces deux morceaux n’ont rien à voir, je ne peux pas m’empêcher d’y penser et de lier ces deux tracks dans mon histoire personnelle de collectionneur de vinyles.

Muyei Power – Wali Bena

Toujours au Sierra Leone dans les années 70, un autre groupe culte de l’époque qui a été réédité par Soundways Records (merci!). On touche à ce que j’aime le plus dans cette période, on est pile entre la modernité de la bass, les réverbères sur le sax, et les polyphonies ancestrales du continent. J’adore l’aspect hypnotique et rituel des percussions, c’est totalement « free » et la répétition rythmique et vocal te met en transe. Avec Hard Fist on a essayé de faire une passerelle entre cette transe organique, ancestrale, primaire et les musiques électroniques. Ce morceau m’a beaucoup inspiré.

Première escale : Bamako, Mali

Amadou & Mariam – Sabali

Quand ce track est sorti il y a 10 ans ça a été une claque ultime pour moi. J’ai pas vraiment de mot pour ce morceaux, c’est magnifique, la voix de Mariam, ces arpégiateurs de génie amené par Demon Albarn, le coup du téléphone au début du clip… Plus tard c’est devenu l’un des tracks avec lequel j’aimais finir mes dj sets, quand les lumières du club s’allument, tu envoies ça et tout le monde plane littéralement. Et puis cette fin est taillée pour… « Bye Bye ». Petite pensée pour Jeff de La Fourmilière qui est l’un des premiers mecs à m’avoir invité à mixer dans son bar et qui partage mon amour pour ce track.

Mc Waraba & Mélèké Tchatcho – Ana Ban (Cornelius doctor & Tushen Rai Remix)

Avec le srab Cornelius Doctor on vient de sortir un remix de ces deux MC Maliens sur Blanc Manioc Records. On a été hyper heureux qu’ils pensent à nous pour ce remix et c’était aussi un bon challenge pour nous de travailler avec leurs structures rythmiques, les harmonies de leurs voix, etc. On a pas encore eu l’occasion d’aller visiter le Mali et la situation actuelle n’est hélas pas simple là-bas, mais on espère vraiment pouvoir y aller un jour et les rencontrer !

Deuxième escale : Lisboa, Portugal

Os Tubarões – Tabanca

J’adore Lisbonne, le Portugal en général et particulièrement ses îles sauvages des Açores. Cette ville c’est vraiment la passerelle entre l’Afrique et l’Europe pour moi ; et la musique de cette ville en est la parfaite illustration. Les influences des diasporas angolaises et cap verdienne dans cette ville ont nourri le son de la ville pour en écrire un mélange unique et hyper fort. Ce morceau des Os Tubaroes c’est mon pote De Los Miedos qui me l’a mis dans les mains si je me souviens bien, je l’ai pécho dans un record shop implanté dans une cave d’un café associatif de Lisbonne, le genre de truc que tu ne trouves pas facilement sur Vinylhub haha. J’adore ce track car contrairement à la majorité des morceaux d’influences cap verdienne de l’époque, il est plus lent, plus instrumental, plus psychédélique, plus mental d’une certaine façon.

Black – Tabanka

Énorme édit de Black du classique Caraiba de Tumblack. Au-delà du fait que c’est une grosse balle, j’ai eu une histoire folle et obsédante avec ce disque : je l’ai trouvé par hasard en seconde main à Paris chez DDD, j’ai vraiment écouté ce skeud en boucle après l’avoir acheté et j’ai commencé à chercher ce mystérieux « Black » pour lui demander de me faire un mix pour mon émission sur Radio Nova Lyon. Impossible de mettre la main sur lui, impossible de remonter à la source. C’est rare ! Après deux ans, j’ai réussi à lier ce fameux Black au groupe lisboète Gala Drop où il faisait les synthés, j’ai pu trouver son nom, je me suis rendu compte qu’il était l’un des hommes de l’ombre du collectif Principe Disco et quelques mois après, lors d’une visite à Lisbonne, je suis allé frapper à la porte de son bureau pour lui dire (entre autre) que j’étais fan de ses edits… Depuis, il fait partie de ces gens qui me font adorer cette ville, que je vois à chaque passage dans la capitale Portugaise.

Troisième escale : Wadi Rum, Jordanie

(Omar Alabdallat) عمر العبدلات –  يا سعد

Omar Alabdallat est l’un des chanteurs les plus populaires de Jordanie, je crois que c’est Guido d’Acid Arab qui m’avait parlé de lui pendant qu’on jouait au Wadi Rum Electro Festival au milieu du désert de Wadi Rum en Jordanie il y a 2 ans. J’ai découvert ce track en chinant un magasin de cassette et CD dans la vielle ville d’Amman. Ça a vraiment été un gros coup de coeur pour moi. Je ne sais pas ce qu’il raconte, si c’est nationaliste ou pas, mais j’adore ce côté synthétique, ces percussions pré-enregistrés sur le synthé qui donnent un son assez moderne, électronique. Pour l’avoir déjà joué dans un club, ce track met le feu !

Shadi Khries – Semsemeh

Premièrement parce que c’est grâce à Shadi que j’ai découvert la Jordanie, lorsqu’il m’a invité, le crew Hard Fist et moi, à jouer à sa rave party au milieu du désert de Wadi Rum. Cette fête était une vraie communion, une vraie rencontre sans frontière où un petit groupe de Jordaniens, de Libanais, d’Israéliens, de Français, d’Allemands, etc, dansait jusqu’à l’aube au côté des Bédouins qui nous accueillaient. Deuxièmement parce que c’est le premier track signé par Shadi Khries en son nom propre et que je suis très fier qu’il soit sorti sur Hard Fist Records. Shadi avait déjà collaboré avec Gilb’r sur le projet King Ghazi ou sur quelques morceaux d’Acid Arab, que des tracks que je jouais beaucoup, que j’adorais, alors pouvoir sortir sa musique sur mon label avait un sens particulier pour moi.

Quatrième escale : Jakarta, Indonésie

Khayal – Ekhsa Bhama

Je ne pensais pas trouver ce track sur YouTube, mais en fait si, facile, les joies du web. L’Indonésie est un pays qui me fascine particulièrement, j’ai découvert cet archipel, le plus grand du monde, il y a quelque année en voyage ; et la diversité et la vitalité de la faune et de la flore là-bas m’a profondément séduite. Dans la jungle de Sumatra on se sent petit face à la nature, impuissant. C’est bête mais ce n’est pas un sensation qu’on a souvent, ce n’est même plus une question qui se pose, et personnellement ça a pas mal changé ma vision de la vie. C’est là-bas que j’ai pu découvrir une scène disco indonésienne dont je n’avais franchement pas idée ! Pas une scène isolée, non, dans les année 80 c’est impressionnant le nombre de tubes et de covers de tracks américains qui sont sorties là-bas, c’était vraiment un truc important. Ce track de Khayal est l’une des premières plaques que j’ai découverte dans ce style. Il centralise beaucoup de super souvenirs de ce voyage.

Jonathan Kusuma – Mordor Disko

Ça, au-delà d’être un de mes tracks indispensables pour un set, c’est ce qui représente le mieux la nouvelle garde électronique indonésienne à mes yeux. Jonathan Kusuma, ce producteur Indonésien signé sur I’m A Cliché ou encore Correspondant propose une disco indonésienne saveur 2020, comme j’aime, noire, acide, hypnotique, entêtante, aux sonorités industrielles. J’invite tout le monde à écouter ses productions et son label Dekadenz Records.

Cinquième escale : Mexico City, Mexico

ThomasS Jackson – Go Figure

On en revient tout juste avec Cornelius Doctor, c’était vraiment une très belle expérience, on a joué all night long dans un club incroyable, Bar Americas, peut-être le meilleur club que j’ai vu, et une soirée Queer dans un warehouse, c’était deux pures dates (poke to Erika <3). On a eu le temps de chiller un peu à Mexico City avec Thomass Jackson entre deux avions, c’est un artiste qu’on adore et qui a monté Calypso Records avec Inigo Vontier, un label que j’adore et qui sort bombe sur bombe. Je vous invite vraiment à les suivre, ils font partie d’un renouveaux hyper fort de la scène musicale latine américaine, plus lente, psychédélique, trippy, percussive. Petit name dropping au passage avec des gros big up à Leonor, Colossio, Nicola Cruz, Balam, Bufi, Chancha Via Circuito, Tyu, etc.

Sixième escale : Lima, Pérou

Los Compadres De Cuba – Preparen Candela

Alors je sais, ils sont cubains ! Cependant, ce track est sortie sur le label péruvien Seeco et c’est là-bas, dans le quartier de Quilca à Lima, que j’ai trouvé ce superbe album. J’étais invité à jouer par le festival Selvamonos et je découvrais le pays pour la première fois. Je me suis retrouvé dans ce coin de rue de la capitale où l’on trouve tous les vendeurs de disques. Il n’y avait évidemment pas de postes d’écoute, seulement un vendeur qui avait un vieux tourne disque portatif Fisher Price (le jouet le plus cool du monde d’ailleurs). Il m’a mis cette plaque dans les mains et m’a montré du doigt « Preparen Candela » sur l’arrière de la pochette, puis l’a passé et s’est mis à danser et chanter comme un dingue dans la rue… c’était juste mortel, j’en ai encore le sourire aux lèvres ! La petite partie solo de percussions au milieu est incroyable, il faut absolument que je trouve un moment pour faire un edit de ce track.

Arrivée : Bordeaux, France

Djedjotronic feat Lokier – Are Friends Electric (Curses Remix)

Djedjotronic of course !! Ce track extrait de son dernier album est vraiment top, je le joue hyper souvent, c’est vraiment une réunion d’affreux comme j’aime, Lokier aux vocaux, Curses au remix, que des gens que j’adore autant musicalement qu’humainement! Même si nous n’avons pas encore collaboré avec chacun d’entre eux, je les considère tous dans la famille musicale d’Hard Fist, en terme de son comme en terme de philosophie. Je glisse ce track aussi, Curses remixé par Djedjotronic, parce que franchement … c’est le feu.

Waffles – Gaufre (Edit de « On a trouvé » de la poétesse bordelaise Isabelle Mayereau par les frères Dewaele)

Bordeaux, la classe ultime, le texte et la prod de ce track d’Isabelle Mayereau sortie originellement en 1980 est sublime. L’edit du track sortie sur Waffles, le label d’edit secrètement géré par les frères Dewaele (2 many Dj’s, Soulwax) est l’un des disques qui a le moins quitté mon bac ces 3 dernière années. C’est cadeau 🙂